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    Il était une fois une petite fille extrêmement têtue et imprudente qui n'écoutait pas ses parents et qui n'obéissait pas quand ils lui avaient dit quelque chose. Pensez-vous que cela pouvait bien tourner ?

    Un jour, la fillette dit à ses parents : « J'ai tellement entendu parler de Dame Trude que je veux une fois aller chez elle : il paraît que c'est fantastique et qu'il y a tant de choses étranges dans sa maison, alors la curiosité me démange. »

    Les parents le lui défendirent rigoureusement et lui dirent : « Écoute : Dame Trude est une mauvaise femme qui pratique toutes sortes de choses méchantes et impies ; si tu y vas, tu ne seras plus notre enfant ! »

    La fillette se moqua de la défense de ses parents et alla quand même là-bas. Quand elle arriva chez Dame Trude, la vieille lui demanda :

    - Pourquoi es-tu si pâle ?
    - Oh ! dit-elle en tremblant de tout son corps, c'est que j'ai eu si peur de ce que j'ai vu.
    - Et qu'est-ce que tu as vu ? demanda la vieille.
    - J'ai vu sur votre seuil un homme noir, dit la fillette.
    - C'était un charbonnier, dit la vieille.
    - Après, j'ai vu un homme vert, dit la fillette.
    - Un chasseur dans son uniforme, dit la vieille.
    - Après, j'ai vu un homme tout rouge de sang.
    - C'était un boucher, dit la vieille.
    - Ah ! Dame Trude, dans mon épouvante, j'ai regardé par la fenêtre chez vous, mais je ne vous ai pas vue : j'ai vu le Diable en personne avec une tête de feu.
    - Oh oh ! dit la vieille, ainsi tu as vu la sorcière dans toute sa splendeur ! Et cela, je l'attendais et je le désirais de toi depuis longtemps : maintenant tu vas me réjouir.

    Elle transforma la fillette en une grosse bûche qu'elle jeta au feu, et quand la bûche fut bien prise et en train de flamber, Dame Trude s'assit devant et s'y chauffa délicieusement en disant : « Oh ! le bon feu, comme il flambe bien clair pour une fois ! »

    Wilhelm et Jacob Grimm (1785-1863)

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    Un jour, je vis un démon dans une flamme de feu, qui surgit devant un Ange assis sur un nuage ; et le démon dit ces mots :

    « Le culte de Dieu est de rendre honneur à ses dons dans d’autres hommes, à chacun selon son génie, aux plus grands le meilleur amour. Envier ou calomnier les grands hommes, c’est haïr Dieu, car il n’est pas d’autre Dieu. »

    L’ange en entendant ces mots, devint presque bleu ; mais se  maîtrisant il jaunit, puis enfin tourna au blanc rose ; et souriant il répliqua :

    « Ô idolâtre, Dieu n’est-il pas un ? Et n’est-il pas visible en Jésus-Christ ? Et Jésus-Christ na-t-il pas donné son assentiment à la loi des dix commandements ? et tous les autres hommes ne sont-ils pas des insensés, des pécheurs, des zéros ? »

    Le démon répondit : « Broie l’insensé comme le grain de blé sous la meule ! Tu ne sépareras pas de lui sa folie. Si Jésus-Christ est le plus grand des hommes, tu lui dois le plus grand amour. Mais écoute à présent comme il a donné son assentiment à la loi des dix commandements : ne s’est-il pas moqué du sabbat, moquant ainsi le sabbat de Dieu ? N’a-t-il pas meurtri ceux qui furent meurtris en son nom ? Détourné la loi, de la femme adultère ? Volé le travail de ceux qui le faisaient vivre ? Supporté le faux témoignage en refusant de se défendre contre Pilate ? Convoité lorsqu’il priait pour ses disciples et qu’il leur enjoignait de secouer la poussière de leurs sandales contre ceux qui refusaient de les loger ? »

    Je vous le dis, nulle vertu ne peut exister qu’elle ne brise ces dix commandements. Jésus était tout vertu ; il agissait par impulsion, non selon les règles.

    Après qu’il eut ainsi parlé, je regardai l’Ange ; il écarta les bras, embrassa la flamme de feu, fut consumé et resurgit en Élisée.

    Note. Cet ange qui maintenant est devenu un démon, est mon ami particulier ; nous lisons souvent la Bible ensemble, dans son sens infernal ou diabolique — que le monde connaîtra s’il se conduit bien.

    J’ai aussi : la Bible de l’Enfer, que le monde connaîtra, qu’il le veuille ou non.


    "Mariage du ciel et de l'enfer" William Blake

     

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    Il était une fois une petite toile de peinture abandonnée
    Tout était sombre et rien ne laissait deviner la luminosité et la valeur de l’œuvre.
    Elle gisait là, dans un coin poussiéreux.
    Oubliée de tous et de toutes, jusqu’au jour où une enfant de neuf ans la redécouvrit...
    Elle s’assit, la prit dans ses mains, la contempla, et souffla sur la poussière qui s’envola, formant un nuage crémeux. Elle frotta du revers de sa manche la toile et soudain, une lumière blanche venue du centre de la toile lui illumina le visage et éclaira ses yeux. Quelle beauté !
    Le dessin ? Un vieil homme et un enfant, tenant une bougie dans ses mains… La fragilité de l’œuvre mais aussi la sensibilité du dessin n’échappa pas à l’enfant qui bien qu’ignorant tout de la peinture en fut ravie et la descendit dans sa chambre.
    Elle la cacha sous son lit et, chaque soir quand les lumières de la maison s’éteignaient et que les bruits s’estompaient, elle regardait le tableau fasciné par la lumière intérieure qui s’en dégageait. Elle ne dit rien à personne et garda son secret toute sa vie. Et les mois, les années passèrent, et Lucile ne cessait de contempler son tableau, dans les instants de joies et de peines, de soleil et de pluie.
    Quand Lucile fut une vielle dame, elle le donna à sa petite fille Louise. Elle prit soin de lui expliquer l’histoire de la naissance de la lumière, celle qui ne meurt jamais et qui accompagne chacun et chacune de nous quelles que soient les circonstances.
    « Noël, dit-elle à Louise, ce n’est que cela, la découverte d’une lumière que l’on attendait sans trop y croire et qui soudain vous éclaire les yeux, le visage, le cœur et illumine votre vie entière, révélant le secret du mystère de la vie. »
    En ces temps de l’Avent et de Noël qu’il soit donné à chacun et à chacune d’entre nous catéchètes, de découvrir et partager avec les enfants et les jeunes cette lumière venue de l’intérieur, celle du cœur, de l’amour et de la paix et, qu’ensemble, nous nous laissions conduire par elle.

     

     

     

    Nicole VERNET(D’après un texte de Laurence Fouchier) *

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    Mais aujourd’hui le crépuscule est rouge... Le coucher de soleil est ensanglanté... Nous sommes tout près de la tragique célébration du grand crépuscule social. Déjà le temps a sonné avant l’aube les premiers coups d’un jour nouveau sur les cloches de l’histoire. Basta, basta, basta ! C’est l’heure de la tragédie sociale ! Nous détruirons en riant. Nous incendierons en riant. Nous tuerons en riant. Nous exproprierons en riant. Et la société croulera. La patrie croulera. La famille croulera. Tout croulera, parce que l’Homme libre est né. Est né celui qui, à travers les pleurs et la douleur, a appris l’art dionysiaque de la joie et du rire. L’heure est venue de noyer l’ennemi dans le sang... L’heure est venue de laver notre âme dans le sang. Basta, basta, basta ! Que le poète transforme sa lyre en poignard ! Que le philosophe transforme sa sonde en bombe ! Que le pêcheur transforme sa rame en une formidable hache. Que le mineur sorte des antres étouffantes des mines obscures armé de son fer brillant. Que le paysan transforme sa bêche féconde en une lance guerrière. Que l’ouvrier transforme son marteau en faux et en haches. Et en avant, en avant, en avant ! Il est temps, il est temps — il est temps ! Et la société croulera. La patrie croulera. La famille croulera. Tout croulera, parce que l’Homme Libre est né. En avant, en avant, en avant, ô joyeux destructeurs. Sous le noir étendard de la mort, nous conquérerons la Vie ! En riant ! Et nous en ferons notre esclave. En riant ! Et nous l’aimerons en riant ! Parce que les hommes sérieux ne sont que des gens qui savent agir en riant. Et notre haine rit... Elle rit rouge. En avant ! En avant, pour la destruction totale du mensonge et des fantasmes ! En avant, pour la conquête intégrale de l’Individualité et de la Vie !

     

    Renzo Novatore, extrait de "Verso il nulla creatore", 1921

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    Un ange vint vers moi et dit : « Ô pitoyable jeune fou ! horrible! Ô état effroyable ! Considère le cachot embrasé que tu te prépares à toi-même, pour toute l’éternité, et vers où te mène le chemin que tu suis. »

    Je dis : « peut-être voudrez-vous bien me montrer mon lot éternel, ou nous le contemplerons ensemble et nous verrons, de voire lot et du mien, lequel est le plus désirable. »

    Il me fit alors pénétrer dans une élable, puis dans une église, puis, au-dessous, dans la crypte de l’église à l’extrémité de laquelle il y avait un moulin. Nous pénétrâmes dans le moulin ; et au delà était une cave. En tâtonnant, nous suivîmes une pénible route, en spirale, qui descendait à travers la caverne, jusqu’à un espace vide, sans limites, qui s’ouvrit au-dessous de  nous, comme un ciel ; et nous retenant aux racines des arbres, nous pendîmes au-dessus de cette immensité. Je dis alors : « Ange, si vous le voulez bien, nous nous abandonnerons à ce vide et verrons si la Providence est là aussi. Si vous ne le voulez point, moi je le veux. » Mais l’ange répondit : « Jeune présomptueux, ne suffit-il pas, tandis que nous demeurerons ici, que nous contemplions ton lot ; il va bientôt nous apparaître quand cessera l’obscurité. »

    Je demeurai donc prés de lui, assis dans l’entrelacs des racines d’un chêne ; et lui se retenait accroché à un champignon qui pendait, tête eu bas, sur l’abîme.

    Peu à peu, la profondeur infinie devint distincte, rougeoyante comme la fumée d’une ville incendiée ; au-dessous de nous, à une immense distance, était le soleil, noir mais luisant ; alentour du soleil, des lignes de feu sur lesquelles d’énormes araignées évoluaient, se traînant vers leurs proies : lesquelles voletaient, nageaient plutôt, dans la profondeur infinie, sous forme d’animaux très affreux, issus de la corruption ; et l’espace était tout empli et paraissait composé d’elles ; ce sont là les Démons, et on les nomme Puissances de l’air.

    Je demandai donc à mon compagnon quel était mon lot éternel ? Il répondit : « Entre les araignées noires et blanches. »

    Mais, à ce moment, d’entre les araignées noires et blanches une nuée de flamme éclata roulant à travers l’abîme, assombrissant tout ce qui se trouvait au-dessous d’elle, de sorte que la profondeur inférieure devint noire comme une mer et s’agita avec un bruit terrible : au-dessous de nous, il n’était plus rien qu’on pût voir, qu’une noire tempête, lorsque regardant vers l’est, nous distinguâmes vers les nuées et les vagues, une cataracte de sang mêlé de feu et, distant de nous seulement de quelques jets de pierre, apparut et plongea de nouveau le repli écailleux d’un monstrueux serpent ; vers l’Est enfin, distant d’environ trois degrés, une crête enflammée apparut au-dessus des vagues : lentement cela s’éleva semblable à une rangée de rocs d’or, et nous vîmes deux globes de feu cramoisi, desquels  s’échappait la mer en nuages de fumée, et nous comprîmes alors que c’était la tête de Leviathan : son front était divisé par des stries de vert et de pourpre, semblables à celles sur le front d’un tigre ; bientôt nous distinguâmes sa gueule ; ses branchies rouges pendaient juste au-dessus de l’écume en furie et teignaient de rais de sang le gouffre noir, avançant vers nous avec tout l’emportement d’une spirituelle existence.

    L’ange, mon ami, grimpa de son poste dans le moulin : je demeurai seul, et voici ; cette apparence n’était plus ; je me trouvai couché sur une plaisante terrasse, au bord d’une rivière, au clair de lune, écoutant un joueur de harpe qui chantait en s’accompagnant sur ce thème : L’homme qui ne change jamais d’opinion, est comparable à l’eau stagnante ; il fomente les serpents de l’esprit.

    Puis, je me levai et partis à la recherche du moulin où je trouvai mon Ange, qui, surpris, me demanda comment j’avais échappé.

    Je répondis : « Tout ce qu’ensemble nous avons vu, procédait de votre métaphysique ; car, sitôt après votre fuite, je me suis trouvé sur une terrasse, écoutant un joueur de harpe, au clair de lune. Mais à présent que nous avons vu mon lot éternel, vous montrerai-je le vôtre ? » Ma proposition le fit rire, mais moi, soudain, je le saisis entre mes bras et fendis, en volant, la nuit occidentale ; et nous nous élevâmes ainsi jusqu’au-dessus de l’ombre de la terre : alors je me lançai avec lui tout droit dans le corps du soleil ; et là je me revêtis de blanc et prenant dans mes mains les livres de Swedenborg, je plongeai loin du glorieux climat, et outrepassant les planètes, nous atteignîmes Saturne. Là, je m’arrêtai pour me reposer ; puis m’élançai dans le vide, entre Saturne et les étoiles fixes.

    « Voici ton lot, lui dis-je, ici, dans cet espace — si espace ceci peut être nommé. »

    Bientôt nous vîmes l’étable et l’église ; et je l’emmenai vers l’autel et j’ouvris la Bible, et voici : c’était un puits profond dans lequel je descendis, faisant passer l’ange devant moi ; nous vîmes bientôt sept maisons de brique ; nous entrâmes dans l’une  d’elles ; il y avait là quantité de singes babouins et d’autres de cette espèce, enchaînés par le milieu du corps, grimaçants et s’agrippant l’un à l’autre, mais empêchés par le peu de longueur de leurs chaînes. Pourtant, je les vis qui parfois devenaient plus nombreux, et le fort alors s’emparait du faible, et toujours grimaçant ils s’accouplaient d’abord, puis s’entre-dévoraient, arrachant un membre d’abord, puis un autre, de sorte que bientôt il ne restait plus qu’un tronc misérable, lequel ils embrassaient d’abord avec des grimaces de feinte tendresse, puis finissaient par dévorer également. De-ci de-là j’en vis qui épluchaient, avec gourmandise, la chair de leur propre queue. La puanteur nous incommodait grandement tous deux ; nous rentrâmes dans le moulin ; ma main ramena le squelette d’un corps ; c’était les Analytiques d’Aristote.

    L’ange me dit alors: « Ta fantaisie m’en a fait accroire, et de cela tu devrais rougir. »

    Je répondis : « Réciproquement chacun de nous en fait accroire à l’autre ; c’est vraiment perdre son temps que de converser avec toi qui n’as su produire que des Analytiques. »

    "Mariage du ciel et de l'enfer" William Blake

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