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    Vous êtes-vous heurté violemment la tête, aujourd'hui ou hier, Non, docteur, Quel âge avez-vous, Trente-huit ans, Bon, nous allons examiner vos yeux. L'aveugle les écarquilla tout grands, comme pour faciliter l'examen, mais le médecin le prit par le bras et l'installa derrière un appareil dans lequel quelqu'un doué d'un peu d'imagination eût pu voir un confessionnal d'un nouveau modèle, où les yeux eussent remplacé les paroles et où le confesseur eût regardé directement dans l'âme du pécheur, Appuyez le menton ici, recommanda-t-il, et gardez les yeux ouverts, ne bougez pas.

    "L'aveuglement"  José Saramago

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    Deux beaux yeux illuminent ma vie ! Je vois tournés vers moi deux yeux tendres et clairs. Deux yeux plein de joie et d'amour m'attirent d'une promesse que je ne puis démêler.

    Paul Claudel

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  • Spoiler:
    Attention

    Où qu'il se trouve, au bagne, dans la pension ou dans la haute société parisienne, il se nourrit de secret: ses pensées, ses sentiments, ses sensations, son corps, sont faits de secret, comme un homme est composé d'os, de chair et de sang. Aucune lumière ne le traverse jamais. Sa force réside dans le regard des ses yeux fixes et étincelants "comme deux jets de plomb fondu" ou deux émeraudes.

    "Il embrassait d'un regard avide et complet les maisons depuis leur dernier étage jusqu'au rez-de chaussée. Il voyait tous les passants et il les analysait. Dieu ne saisit pas mieux sa création dans ses moyens et dans sa fin que cet homme ne saisissait les moindres différences dans la masse des choses et des passants".

    Son œil regarde, scrute, épie, avidement, fixement, il possède et pétrifie. Dans un roman où tout le monde épie tout le monde, aucun personnage n'a le pouvoir de révélation de ce regard aveuglant, devant lequel le monde est toujours sur le point de s'écrouler comme un jeu de cartes.

    "Comme un juge sévère, son œil semblait aller au fond de toutes les questions, de toutes les consciences, de tous les sentiments"

    Et pourtant, ce regard s'attendrit. Si impossible que cela nous paraisse, Vautrin aime: il aime avec une frénésie, une passion, une douceur, une vénération, une dévotion, un dévouement, une extase...

    Pietro Citali

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    J'avais l'habitude d'écouter les gens. Et même, quand je ne comprenais rien à ce qu'ils disaient, je gardais les yeux grands ouverts en les fixant d'un regard pénétrant, ce qui leur donnait l'illusion qu'ils avaient en face d'eux un interlocuteur particulièrement attentif. Je pensais à autre chose, mais mon regard les fixait toujours, l'air de boire leurs paroles.

    "L'herbe des nuits"   Patrick Modiano *

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  • Crépuscule

    "Sur la table de nuit, le verre commença à disparaître. Elle ferma les yeux un moment pour mieux se concentrer; et la douleur augmenta. Voilà l'obscurité qu'elle aurait à contempler pendant très longtemps. Elle rouvrit les yeux. Le verre continuait à s'estomper. Elle ne voyait plus le niveau de l'eau, elle ne voyait plus que le bord. Il ne fallait pas qu'elle le perde de vue. Il devenait de plus en plus flou mais il fallait à tout prix qu'elle ait les yeux sur lui au moment où il s'évanouirait pour de bon...

    Son regard traversa la pièce pour aller errer sur ces objets qu'elle avait acquis au fil des ans et qui aujourd'hui auraient dû lui procurer quelque satisfaction. L'encrier dans son nid d'oiseau en bronze, l'huile qui représentait une église et qu'elle avait trouvée dans cette brocante, les soucoupes françaises en émail… tous ces objets perdureraient, elle, pas. C'était donc ça qu'elle laisserait derrière elle ? Mais les objets de la maison n'étaient pas elle. Les enfants eux aussi lui survivraient, mais ils n'étaient pas elle non plus, même s'ils étaient sortis d'elle. Rien n'était elle, sauf ce qui lui était arrivé personnellement, et il n'en existait de traces qu'au-dedans d'elle. Et même là, ce n'était plus que brouillard."

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