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    Non seulement cette belle main nue
    Qui s’est gantée, à mon grand détriment,
    Mais l’autre, et ces deux bras : qu’ils sont habiles,
    Qu’ils sont prompts à étreindre mon cœur timide !

    Mille pièges me tend Amour, aucun en vain,
    Ce sont les tendres formes, pour moi si neuves,
    De ce corps noble et chaste : si célestes
    Qu’aucun art, aucune pensée, ne peuvent les rendre.

    Yeux en paix, dont les cils répandent la lumière,
    Bouche d’ange, superbe, qui laisse voir
    Des perles et des roses, et prononce des mots

    Si doux qu’ils font frémir de tant de merveille !
    Puis ce front, et ces tresses : à midi, l’été,
    Elles font oublier que le soleil brille.

    "Je vois sans yeux et sans bouche je crie" Pétrarque

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    Seigneur, je suis dans le quartier des bons voleurs,
    Des vagabonds, des va-nu-pieds, des recéleurs.
    Je pense aux deux larrons qui étaient avec vous à la Potence,
    Je sais que vous daignez sourire à leur malchance.

    Seigneur, l’un voudrait une corde avec un noeud au bout,
    Mais ça n’est pas gratis, la corde, ça coûte vingt sous.
    Il raisonnait comme un philosophe, ce vieux bandit.
    Je lui ai donné de l’opium pour qu’il aille plus vite en paradis.

    Je pense aussi aux musiciens des rues,
    Au violoniste aveugle, au manchot qui tourne l’orgue de Barbarie,
    A la chanteuse au chapeau de paille avec des roses de papier ;
    Je sais que ce sont eux qui chantent durant l’éternité.
    Seigneur, faites-leur l’aumône, autre que de la lueur des becs de gaz,
    Seigneur, faites-leur l’aumône de gros sous ici-bas.

    Seigneur, quand vous mourûtes, le rideau se fendit,
    Ce qu’on vit derrière, personne ne l’a dit.
    La rue est dans la nuit comme une déchirure
    Pleine d’or et de sang, de feu et d’épluchures.
    Ceux que vous avez chassé du temple avec votre fouet,
    Flagellent les passants d’une poignée de méfaits.
    L’Etoile qui disparut alors du tabernacle,
    Brûle sur les murs dans la lumière crue des spectacles.
    Seigneur, la Banque illuminée est comme un coffre-fort,
    Où s’est coagulé le Sang de votre mort.

    Les rues se font désertes et deviennent plus noires.
    Je chancelle comme un homme ivre sur les trottoirs.
    J’ai peur des grands pans d’ombre que les maisons projettent.
    j’ai peur. Quelqu’un me suit. Je n’ose tourner la tête.
    Un pas clopin-clopant saute de plus en plus près.
    J’ai peur. J’ai le vertige. Et je m’arrête exprès.
    Un effroyable drôle m’a jeté un regard
    Aigu, puis a passé, mauvais comme un poignard.
    Seigneur, rien n’a changé depuis que vous n’êtes plus Roi.
    Le mal s'est fait une béquille de votre croix.

    "Du monde entier au coeur du monde"  Blaise Cendrars

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    Amitié, doux repos de l’âme,
    Crépuscule charmant des cœurs.
    Pourquoi, dans les yeux d’une femme,
    As-tu de plus tendres langueurs ?

    Ta nature est pourtant la même;
    Dans le cœur dont elle a fait don
    Ce n’est plus la femme qu’on aime,
    Et l’amour a perdu son nom.

    Mais comme en une pure glace
    Le rayon se colore mieux,
    Le sentiment qui le remplace
    Est plus visible en deux beaux yeux.

    Dans un timbre argentin de femme
    Il a de plus tendres accents :
    La chaste volupté de l’âme
    Devient presque un plaisir des sens.

    De l’homme la mâle tendresse
    Est le soutien d’un bras nerveux;
    Mais la vôtre est une caresse
    Qui frissonne dans les cheveux.

    Oh ! laissez-moi, vous que j’adore
    Des noms les plus doux tour à tour,
    Ô femmes ! me tromper encore
    Aux ressemblances de l’amour !

    Douce ou grave, tendre ou sévère,
    L’amitié fut mon premier bien !
    Quelque soit la main qui me serre,
    C’est un cœur qui répond au mien.

    Non, jamais ma main ne repousse
    Ce symbole d’un sentiment;
    Mais lorsque la main est plus douce,
    Je la serre plus tendrement.

    Alphonse de Lamartine

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  • Si tu m’attends, je reviendrai.
    Mais attends moi très fort, très fort,
    Attends, quand la pluie jaune
    Apporte la tristesse,
    Attends quand la neige tournoie,
    Attends quand triomphe l’été,
    Attends quand le passé s’oublie
    Et qu’on n’attends plus les autres.
    Attends quand des pays lointains
    Il ne viendra plus de courrier,
    Attends, lorsque seront lassés
    Ceux qui avec toi attendaient.

    Si tu m’attends, je reviendrai.
    Ne leur pardonne pas, à ceux
    Qui vont trouver les mots pour dire
    Qu’est venu le temps de l’oubli.
    Et s’ils croient, mon fils et ma mère,
    S’ils croient que je ne suis plus,
    Si les amis, las de m’attendre,
    Viennent s’asseoir auprès du feu,
    Et s’ils portent un toast funèbre
    A la mémoire de mon âme…
    Attends. Attends et avec eux
    Refuse de lever ton verre.

    Si tu m’attends, je reviendrai
    En dépit de toutes les morts.
    Et qui ne m’a pas attendu
    Peut bien dire : « c’est de la veine ».
    Ceux qui ne m’ont pas attendu,
    D’où le comprendraient-ils, comment,
    En plein milieu du feu,
    Ton attente
    M’a sauvé.
    Comment j’ai survécu, seuls toi et moi
    Nous le saurons, -
    C’est bien simple, tu auras su m’attendre
    Comme personne.

    Constantin Mihaïlovitch Simonov – 1941


    Traduction de Jean Marcenac

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  • Que ce soit dimanche ou lundi
    Soir ou matin minuit midi
    Dans l'enfer ou le paradis
    Les amours aux amours ressemblent
    C'était hier que je t'ai dit
    Nous dormirons ensemble

    C'était hier et c'est demain
    Je n'ai plus que toi de chemin
    J'ai mis mon coeur entre tes mains
    Avec le tien comme il va l'amble
    Tout ce qu'il a de temps humain
    Nous dormirons ensemble

    Mon amour ce qui fut sera
    Le ciel est sur nous comme un drap
    J'ai refermé sur toi mes bras
    Et tant je t'aime que j'en tremble
    Aussi longtemps que tu voudras
    Nous dormirons ensemble

    Louis Aragon
    (Le fou d'Elsa) *

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