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    Au plus noir du bois la lune descend;
    Et des troncs moussus aux cimes des plantes,
    Son regard fluide et phosphorescent
    Fait trembler aux bords des corolles closes
    Les larmes des choses.

    Lorsque l'homme oublie au fond du sommeil,
    La vie éternelle est dans les bois sombres;
    Dans les taillis veufs du brûlant soleil
    Sous la lune encor palpitent leurs ombres,
    Et jamais leur âme, au bout d'un effort,
    Jamais ne s'endort!

    Le clair de la lune en vivantes gerbes
    Sur les hauts gazons filtre des massifs.
    Et les fronts penchés, les pieds dans les herbes,
    Les filles des eaux, en essaims pensifs,
    Sous les saules blancs en rond sont assises,
    Formes indécises.

    La lune arrondit son disque lointain
    Sur le bois vêtu d'un brouillard magique
    Et dans une eau blême aux reflets d'étain;
    Et ce vieil étang, miroir nostalgique,
    Semble ton grand oeil, ô nature! Hélas!
    Semble un grand oeil las.

    Léon Dierx *

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  • Quelle extraordinaire et belle comparaison entre le verbe " avoir " et le verbe " être " le tout en poème. Il faut pour si bien réussir une telle présentation être un expert de la langue " Française "…… " chapeau " !


    Loin des vieux livres de grammaire,
    Écoutez comment un beau soir,
    Ma mère m'enseigna les mystères
    Du verbe être et du verbe avoir.

    Parmi mes meilleurs auxiliaires,
    Il est deux verbes originaux.
    Avoir et Être étaient deux frères
    Que j'ai connus dès le berceau.

    Bien qu'opposés de caractère,
    On pouvait les croire jumeaux,
    Tant leur histoire est singulière.
    Mais ces deux frères étaient rivaux.

    Ce qu'Avoir aurait voulu être
    Être voulait toujours l'avoir.
    À ne vouloir ni dieu ni maître,
    Le verbe Être s'est fait avoir.

    Son frère Avoir était en banque
    Et faisait un grand numéro,
    Alors qu'Être, toujours en manque.
    Souffrait beaucoup dans son ego.

    Pendant qu'Être apprenait à lire
    Et faisait ses humanités,
    De son côté sans rien lui dire
    Avoir apprenait à compter.

    Et il amassait des fortunes
    En avoirs, en liquidités,
    Pendant qu'Être, un peu dans la lune
    S'était laissé déposséder.

    Avoir était ostentatoire
    Lorsqu'il se montrait généreux,
    Être en revanche, et c'est notoire,
    Est bien souvent présomptueux.

    Avoir voyage en classe Affaires.
    Il met tous ses titres à l'abri.
    Alors qu'Être est plus débonnaire,
    Il ne gardera rien pour lui.

    Sa richesse est tout intérieure,
    Ce sont les choses de l'esprit.
    Le verbe Être est tout en pudeur,
    Et sa noblesse est à ce prix.

    Un jour à force de chimères
    Pour parvenir à un accord,
    Entre verbes ça peut se faire,
    Ils conjuguèrent leurs efforts.

    Et pour ne pas perdre la face
    Au milieu des mots rassemblés,
    Ils se sont répartis les tâches,
    Pour enfin se réconcilier.

    Le verbe Avoir a besoin d'Être
    Parce qu'être, c'est exister.
    Le verbe Être a besoin d'avoirs
    Pour enrichir ses bons côtés.

    Et de palabres interminables
    En arguties alambiquées,
    Nos deux frères inséparables
    Ont pu être et avoir été.

    ....Oublie ton passé, qu`il soit simple ou composé,
    Participe à ton Présent pour que ton Futur soit Plus que Parfait.....


    Yves DUTEIL

    Joli, non ?

    Bien loin des contenus humoristiques des envois habituels.

    Vive la langue française ! le tout en poème. Il faut pour si bien réussir une telle présentation être un expert de la langue " Française "…… " chapeau " !



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    De vous qui entendez, en mes rimes éparses,
    Tous ces gémissements dont j’abreuvais mon cœur
    Dans les égarements de ma prime jeunesse,
    Quand j’étais autre qu’à présent, au moins un peu.

    Pour ces écrits, plaintes, ressassements
    Ballottés entre vains espoirs, vaine douleur,
    J’espère compassion si ce n’est excuse :
    N’avez-vous pas souffert l’épreuve de l’amour ?

    Mais maintenant je vois bien que je fus
    De tous la longue fable, et souvent j’ai honte
    De moi, quand je médite sur moi-même :

    Et de ma frénésie c’est le fruit, cette honte,
    Avec le repentir, et savoir, clairement,
    Qu’ici-bas ce qui plaît, c’est bref, ce n’est qu’un songe.

    "Je vois sans yeux et sans bouche je crie" Pétrarque

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     Le clown triste,
    Quand il n'est pas sur scène,
    Cogite, parfois...
    Il se dit,
    Plus nous sommes nombreux,
    Plus la société se déshumanise.
    Il semble n'y avoir plus de joie...
    Du pain sur la planche,
    Pour mon travail...
    Il se dit,
    Plus nous avons,
    Plus nous vivons dans la crainte,
    De tout perdre.
    Puis il se dit,
    En fait, nous avons peur de tout,
    Peur de la maladie, du chômage,
    Peur du voisin, peur du maraudeur.
    Aussi, on préfère étoffer les épais portefeuilles,
    Des soi disant 'assureurs',
    Contre la peur, le voleur...
    Même la crainte de ne pouvoir payer nos obsèques,
    Dilue notre joie de vivre.
    Il n'y a pas si longtemps,
    Nous ne possédions rien,
    La journée de travail,
    Offrait un humble repas,
    Un coin pour dormir,
    Le soir tombant,
    Tout simplement.
    Non, pensait-t-il, ce n'était pourtant pas mieux, avant...
    Certes, il y eût une fenêtre,
    Se dit le clown triste,
    Je crois qu'on appelait cela,
    Les Trente Glorieuses...
    Les arbres poussaient jusqu'au ciel...
    Tout allait mieux, pour tout le monde,
    Personne ne connaissait les limites de ce bonheur croissant.
    On ne voyait pas l'horizon...
    Puis, un jour, il fût atteint, l'horizon.
    La fameuse bulle éclata,
    Et les volets de la fenêtre,
    Par cette tempête refermés...
    Et il fallut revenir sur nos pas.
    Aujourd'hui, personne ne sait quel chemin prendre,
    La peur au tripes, on tâtonne dans un obscur néant,
    En vue d'une autre lumière,
    Et le clown triste,
    Prépare son spectacle permanent.
     
    Peter Reijnen
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    On ne guette pas les lettres
    Ainsi - mais la lettre.
    Un lambeau de chiffon
    Autour d'un ruban
    De colle. Dedans - un mot.
    Et le bonheur. - C'est tout.

     

    On ne guette pas le bonheur
    Ainsi - mais la fin :
    Un salut militaire
    Et le plomb dans le sein -
    Trois balles. Les yeux sont rouges.
    Que cela. - C'est tout.

     

    Pour le bonheur - je suis vieille !
    Le vent a chassé les couleurs !
    Plus que le carré de la cour
    Et le noir des fusils...

     

    Pour le sommeil de mort
    Personne n'est trop vieux.
    Que le carré de l'enveloppe

     

    Marina Tsvetaïeva

    Traduction Pierre Leon et Eve Mallleret, poème extrait du recueil « Le ciel brûle (suivi de tentative de jalousie) » 

     

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