• DES HUMAINS RUSTIQUES ET URBAINS

    NOBLESSE 1920.
    En mémoire de mon père Dr. HEINRICH GRAF COUDENHOVE-KALERGI
    avec vénération et gratitude
    PREMIÈRE PARTIE :

    1. HUMAIN DE LA CAMPAGNE — HUMAIN DE LA VILLE
    La campagne  et la ville sont les deux pôles du Dasein  humain . La campagne et la ville engendrent leur type humain spécifique : des humains rustiques  et urbains.L’humain rustique et l’humain urbain sont des antipodes psychologiques. Des paysans de différentes contrées se ressemblent entre eux, au niveau de l’âme, souvent plus que les citadins de grandes villes voisines. Entre la campagne et la campagne, entre la ville et la ville, il y a l’espace — entre la ville et la campagne, il y a le temps. Parmi les humains rustiques européens vivent des représentants  de tous les temps : de l’âge de pierre au Moyen Age ; tandis que seules les métropoles occidentales, ayant produit le type urbain le plus extrême, sont les représentantes   de la civilisation des temps modernes. Des siècles, souvent des millénaires, séparent ainsi une grande ville de la rase campagne qui l’entoure. L’humain urbain pense différemment, juge différemment, ressent différemment, agit différemment de l’humain rustique. La vie dans les grandes villes est abstraite, mécanique, rationnelle — la vie de la campagne est concrète, organique, irrationnelle. Le citadin est rationnel, sceptique, incroyant — l’homme de la campagne est émotionnel, croyant, superstitieux.
    Toutes les pensées et les sensations de l’homme de la campagne se cristallisent autour de la nature,  il vit en symbiose avec les animaux, les créatures vivantes de Dieu, il a grandi avec son paysage , est dépendant du temps: et des saisons. Le point de cristallisation de l’âme urbaine, au contraire, est la société ; elle vit en symbiose avec la machine, la créature morte des humains ; à travers elle l’humain de la ville se rend potentiellement indépendant du temps et de l’espace, des saisons et du climat. L’humain de la campagne croit au pouvoir de la nature sur les humains — l’humain de la ville croit au pouvoir des humains sur la nature. L’humain rustique est un produit de la nature, l’humain de la ville un produit social ; celui-ci voit le but, la mesure et le sommet du monde dans le cosmos, celui-là dans l’humanité.
    L’humain rustique est conservateur,  comme la nature — l’humain urbain est progressiste,  comme la société. Tout progrès émane et se propage d’ailleurs de villes en villes. L’humain citadin lui-même est en général le produit d’une révolution à l’intérieur des genres ruraux, un produit qui a rompu avec sa tradition rustique, s’est installé dans la grande ville et y a commencé une vie sur de nouvelles bases. La grande ville vole à ses habitants la jouissance des beautés de la nature ; comme dédommagement, elle leur propose l'art.  Le théâtre, les concerts, les galeries sont les ersatz des beautés éternelles et
    changeantes du paysage. Après une journée de travail pleine de laideur, ces centres d’art  proposent aux citadins de la beauté sous forme concentrée. À la campagne ils sont bien inutiles. — La nature est la forme d’apparition extensive de la beauté, l’art en est la forme intensive. La relation de l’humain urbain à la nature, qui lui manque, est dominée par la nostalgie ; tandis que la nature pour l’humain rustique est une complétion constante. Voilà pourquoi le citadin l’éprouve avant tout romantiquement, et l’humain rustique classiquement. 
    La morale sociale (chrétienne) est un phénomène urbain : car elle est une fonction du vivre ensemble humain, de la société. Le citadin typique allie la morale chrétienne avec un scepticisme irréligieux, un matérialisme rationaliste et un athéisme mécaniciste. La vision du monde qui en résulte est celle du
    socialisme : la religion moderne de la grande ville.Pour les barbares rustiques d’Europe, le christianisme n’est guère plus qu’un nouvel avatar du paganisme, avec une mythologie modifiée et de nouvelles superstitions ; sa vraie religion est la croyance en la nature, en la force ,  en le destin.L’humain de la ville et de la campagne ne se connaissent pas l’un et l’autre ; c’est pourquoi ils se mécomprennent et se méfient l’un de l’autre, vivant dans une relation d’hostilité larvée ou ouverte. Il y a quantité de slogans sous lesquels se dissimule cet antagonisme élémentaire :l’Internationale rouge et verte ; ’industrialisme et l’agrarianisme ; le progrès et le réactionnisme ; le judaïsme et l’antisémitisme.Toutes les villes puisent leurs forces dans les campagnes ; toute la campagne puise sa culture dans la ville. La campagne est le sol à partir duquel les villes se renouvellent ; la source qui les nourrit ; la racine à partir de laquelle elles fleurissent. Les villes grandissent et meurent : la campagne est éternelle.

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