• Et si Dieu se servait des hommes? (1)

    - La Bible, par exemple. Ça part plutôt bien avec le récit de la Création, Dieu qui range le chaos, qui fabrique des trucs géniaux, genre les étoiles, le globe, l'océan, les diamants, les orages, les pêches, le chocolat, les chats, les plumes de paon, la digestion. Là, tu rencontres un Dieu débonnaire et prodigue. Après, il s'emporte : condamnation d'Adam et Eve parce qu'ils commettent une faute, éviction du Paradis, condamnation du mâle au travail, de la femelle à la douleur. Quel caractère de chiotte! L'euphorie n' pas duré longtemps. C'est parti pour des siècles de colère... Dieu regrette sa complaisance et ses largesse, il se dégoute de ses créatures et organise un premier génocide : vlan, le déluge pour en finir avec les vivants! Heureusement, la famille Noé s'en sort, se perpétue, mais très vite Dieu se fâche. Il incendie des villes, telles Sodome, Gomorrhe, Admah, Zéboïm. Quand, sous la houlette de Moïse, il libère son peuple du juge pharaonique, il envoie dix plaie à l'Egypte - grenouilles, moustiques, sauterelles, furoncles, eaux empoissonnées - , lesquelles s'achèvent par l'anéantissement des nourrissons locaux. Il ordonne ensuite des bains de sang pour reconquérir la Terre promise au détriment des populations installées, provoquant un deuxième génocide, celui des Cananéens. Et je t'épargne les conseils à Salomon - ratatiner ses adversaires -, à David liquidant les Philistins, les harangues haineuses des Psaumes... Dieu le venimeux guerroie, souffle le guerre dont il bafoue les règles. Loin de s’attaquer aux seuls soldats, il s'acharne contre les femmes, les enfants, les individus les plus fragiles et les plus innocents des populations civiles. Dans le Nouveau Testament, il se calme un peu -même s'il envoie son fils crever sur une croix - puis fulmine au dernier tome, l'Apocalypse, une prophétie terrifiante selon laquelle quatre cavaliers, le blanc, le rouge, le noir, le blême, amènent la conquête, la bagarre, la famine et la mort.

    A bout de souffle, elle reprend haleine.

    - Dans le Coran, Dieu continue à activer les braises. Dans la sourate de la Vache, à l'égal du Deutéronome de la Bible, Dieu enjoint l'occire le mécréant...

    - Aucun texte sacré n'omet la férocité invraisemblable de Dieu.
    Elle s'enfonce au creux de la chaise.
    - Et nous, toi, moi, les autres, que faisons-nous durant des siècles? Nous chargeons les hommes. Nous rabâchons qu’ils se servent de Dieu pour exprimer leur agressivité, mais si Dieu se servait des hommes pour exprimer la sienne? Nous affirmons que Dieu se réduit à une excuse, mais si l'humanité se réduisait à une excuse pour Dieu? Nous serins que la fureur humaine engendre des carnages, mais si c'était la fureur divine? Nous parlons de violences commise au nom de Dieu, mais si elles matérialisaient la violence même de Dieu?

     

    "L'homme qui voyait à travers les visages" Eric-Emmanuel Schmitt

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