• Le bar

     

    Le seul endroit où l’on pouvait se détendre un moment était le bar, au rez-de-chaussée du bâtiment d’habitation. Mais même là, tout était glacial. On n’y vendait pas à boire et il n’y avait jamais eu de serveur. On pouvait simplement s’y rendre avec une bouteille d’alcool et s’installer au comptoir. Boire et humer une cascade de soutiens-gorge de toutes tailles accrochés à un poteau, entre le comptoir et le plafond, tous porteurs d’une dédicace de leur ancienne propriétaire. C’était là une curieuse tradition de la base : les femmes qui y séjournaient laissaient en partant cet élément de leur lingerie au bar, comme pour susciter des rêves érotiques chez les chercheurs du pôle. Victor s’était effectivement senti émoustillé. Ses mains s’étaient tendues d’elles-mêmes vers ces dentelles rigides,enveloppes de formes si nécessaires et agréables aux hommes.Bien que désormais vides, elles éveillèrent chez lui, lorsqu’il les effleura du bout des doigts, une sensation printanière. Il lui sembla respirer un parfum de cerisier en fleurs.

    Andrei Kourkov "Les pingouins n'ont jamais froid"

    « La banque, la dette et les truandsNabe en 1993 sur la mort de l'art »
    Partager via Gmail

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :