VENDREDI 8 FÉVRIER
Atroces journées chaudes, humides, bien en accord avec les jeunes gens poisseux qu’il faut interviewer. Pas un instant pour écrire. Oh, dès que j’aurai fini, retrouver l’anonymat merveilleux ! Je me sens violé dans ma solitude, souillé dans ma solitude. Ce travail serait au-dessus de mes forces, si je n’avais pas cette volonté nue, un peu ivre, cette résolution presque animale d’en finir une fois pour toutes. Que Dieu m’aide ! Dès qu’il n’y a plus de tendresse, tout est hostilité.
DIMANCHE 10 FÉVRIER
Des nuages bleuissent les vitres d’en face. J’aimerais fuir. Tristesse, tendresse. Un voyage au loin, écrire d’une fenêtre donnant sur la mer. Une fenêtre ouverte, un balcon de bois mangé qui sent les pins. Ou bien l’ardeur glacée, craquelée, d’un champ de neige. Mais non, il faut travailler absurdement. La seule joie, ici : la volonté ; le courage. Pas le temps de pleurer ni de vivre.
VENDREDI 22 FÉVRIER
La fatigue, une eau qui rompt ses digues, envahit la plaine, les ponts sautent et croulent les uns après les autres. Ma volonté chancelle. Mais non, je ne suis pas résigné à la défaite… c’est peu dire. Je suis résolu à vaincre. Un petit effort, mon Dieu !
LUNDI 25 FÉVRIER
Gagner, non son plaisir, mais sa douleur. Son droit de souffrir, de saigner. Quand je suis moi-même, tout me blesse.
"Journal" Jean-René Huguenin
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