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Cruella un certain regard ...

Cruella un certain regard ... tendresse et cruauté à travers la littérature et + encore

Si la grande masse

Publié le 17 Juillet 2026 par Cruella in soljenitsyne

« Si la grande masse des Juifs résidaie nt non seulement dans  les villes, mais aussi dans les bourgs et les villages, ils étaient néanmoins rattachés à la communauté des citadins, inclus dans  les classes des bourgeois et des marchands .Entourés par une paysannerie pr ivée de liberté, ils jouaient un rôle économique important du fait même de leur activité : le commerce dans les campagnes se trouvait concentr é entre leurs mains, ils exerçaient diverses activités rentables sur les terres des propriétaires, s’ occupaient de la vente de la vodka dans les estaminets  – « contribuant par là à répandre l’ivrognerie ». L’administration biélorusse  notait à ce propos « La présence des Juifs dans les campagnes a des consé quences nocives pour l’état matériel et moral de la population paysanne, car les Juifs... favorisen t l’ivrognerie de la population locale. » Les rapports de l’administrati on laissent entendre que les Juifs, en donnant aux paysans la vodka  à crédit, et [en prenant des objets gages sur la vodka], les poussaient à la boisson, à l’oisiveté et à la misère  ». Mais « la production d’eau-de-vi e était une source de revenus tentante  » aussi bien pour les propriétaire s polonais que pour leurs soustraitants juifs.  Il était logique que la reconnaissanc e d’égalité civique dont bénéficiaient les Juifs comportait en contrepartie une menace : à l’évidence, les Juifs auraient à se plier à la directive générale exigeant d’arrêter la production d’alcool dans les villages, et donc à les quitter. En 1783, il fut décrété que « “chaque citoyen doit avoir pour règle précise de s’astreindre à un commerce ou un artisanat qui convienne  à sa condition, mais non à la distillation de l’eau-de-vie,  qui ne lui sied pas”, et  si un propriétaire soustraite... dans un village la distilla tion de la vodka “à un marchand, a un bourgeois ou a un Juif”, qu’il soit considéré comme enfreignant la loi ». En conséquence, « les Juifs furent sommés de quitter les villages et les bourgs, en sorte de les détourner de leur occupation séculaire..., le fermage des centres de distillation et des estaminets. 
Bien évidemment, la menace d’être chassés des villages apparut aux Juifs non comme une mesure gouvernementale applicable uniformément à tous, mais comme une me sure discriminatoire visant leur groupe national et religieux. Privés mani festement d’une activité fort rentable dans les campagnes, transférés dans  les villes, les Juifs bourgeois s’y retrouvaient coincés par une  dure concurrence intra-muros et intra-juive. Une forte agitation s’empara alors des Juifs et, en 1784, une députation des kelahim se rendit a Saint-Pétersbourg pour exiger que cette loi fût rapportée. (Les kelahim  avaient également en vue de se servir du gouvernement pour recouvrer la totalité du pouvoir qu’ils avaient exercé jusqu’alors sur la population juive.) Mais, au nom de l ’Impératrice, voici ce qu’il leur fut répondu : « Du moment que les gens releva nt de la religion  juive ont acquis une condition égale à celle des autres, il convient en toutes choses de respecter la loi décrétée pa r Sa Majesté, à savoir que  tout individu, selon ses condition et état, est censé jouir des pr ivilèges et des droits sans aucune distinction religieuse et ethnique . » II fallut cependant compter avec le  pouvoir des propri étaires polonais solidaires dans leurs intérêts. Bien qu’ en 1783 l’administration de la région biélorusse leur eût interdit de céder la  distillation à ferme ou à bail « à ceux qui n’en ont pas le droit, “surtout au x Juifs”..., les propriétaires continuaient d’affermer aux Juifs la producti on d’eau-de-vie. C’était là leur prérogative », héritée de coutumes  polonaises séculaires. Le Sénat non plus n’ose les contraindr e. Et, en 1786, le transfert des Juifs dans les villes est rapport é. Pour ce faire, on imag ine le compromis suivant : les Juifs vont être considérés comme tran sférés dans les vi lles mais garderont le droit de résider temporairement  à la campagne. Autrement dit, que chacun reste dans le village où il habite. Le décret du Sénat de 1786 autorisait donc les Juifs à vivre dans les villages « et  leur permettait de prendre à ferme la production et la vente d’ alcool, alors qu’aux marc hands et aux bourgeois chrétiens ce droit n’était pas accordé ».
Les démarches de la délégation des kelahim  à Pétersbourg ne  restèrent pas sans remporter un certain succès. On ne donna pas suite à leur demande d’instituer de s tribunaux juifs distincts pour tous les litiges entre Juifs, mais (en 1786) on rendit aux kelahim m une part importante de leurs attributions administra tives et de leur rôle de surveillance sur la population juive non seulement la répartition des obligations sociales, mais aussi la collecte de la capitation, et , derechef, un droit de regard sur les éventuels départs. On peut en dédui re que le gouvernement voyait un intérêt pratique a ne pas affaiblir le pouvoir du kahal . 

"Deux siècles ensemble"  A. Soljenitsyne (extrait 13)

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