"Une source vive de plaisir pour nos hommes, c’est de torturer les écritures et d’en pétrir le sens à leur guise comme une cire molle ; c’est de donner leurs conclusions, auxquelles ont adhéré un ou dieux pédants de leur espèce, pour des lois aussi sages que celles de Solon et préférables à tous les décrets pontificaux ; c’est de prétendre censurer le genre humain et amener à résipiscence quiconque résiste à leurs propositions implicites et explicites. Rien n’est bouffon comme leurs les oracles : cette proposition est scandaleuse ; cette autre irrévérencieuse ; celle-ci sent son hérésie ; celle-là est malsonnante ; si bien que ni baptême ni Évangile, ni l’opinion de Pierre ou de Paul, de Jérôme ou d’Augustin ou de Thomas lui-même, l’aristotélicien par excellence, ne donnent droit au titre de chrétien sans l’assentiment de nos bacheliers, tant leur jugement est infaillible ! Si ces beaux sires ne nous l’avaient appris, nous serions-nous jamais douté qu’il y eût hérésie à dire indifféremment : tu bous, marmite, ou bien : la marmite bout ! Quel bonheur qu’ils se soient trouvés là pour délivrer l’Église d’erreurs dont personne ne se serait jamais douté si leurs censures ne les avaient mises en pleine lumière ! Tout cela n’est-il pas bien fait pour les rendre heureux ? "
Erasme
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