Il trouva le centenier dans sa chambre, figé dans une immobilité presque rigide. La même expression de désespoir était répandue sur ses traits, mais ses joues s’étaient creusées encore : il ne prenait évidemment que peu de nourriture, peut-être même aucune. Une pâleur singulière donnait à son visage la rigidité de la pierre.
« Bonjour, mon garçon, dit-il en apercevant Thomas qui s’était arrêté sur le seuil, son bonnet à la main. Alors, où en sont tes affaires ? Tout va très bien, n’est-ce pas ?
– On ne peut mieux, en effet. Il se passe là-bas de telles diableries que je n’ai plus qu’à sauter sur mon bonnet et à prendre mes jambes à mon cou.
– Comment cela ?
– Mais, noble sire, votre fille… Elle est, bien sûr, de noble extraction, personne n’osera prétendre le contraire… Seulement ne vous fâchez pas, et que Dieu veuille avoir son âme…
– Eh bien quoi, ma fille ?
– Elle s’est accointée avec Satan et elle fait de telles peurs aux gens qu’aucune prière n’y remédie.
– Récite toujours ; ce n’est pas pour rien qu’elle a exigé ta présence : elle songeait à son âme, la pauvre chère colombe, et voulait par des prières chasser toute mauvaise pensée.
– Sur l’honneur, messire, cela surpasse mes forces.
– Récite toujours, insista le centenier. Il ne reste plus qu’une nuit. Tu feras œuvre pie et je te récompenserai.
– Excusez-moi, messire, mais quelles que soient vos récompenses je ne lirai plus, déclara Thomas de son ton le plus ferme.
– Écoute, philosophe, repartit le centenier, et, de persuasive, sa voix devint menaçante. Je n’aime pas les caprices. Garde ces manières-là pour ton séminaire parce que chez moi, si je te fais donner une raclée, ce sera d’une autre façon que ton recteur. Sais-tu ce que c’est que les étrivières ?
– Bien sûr, répondit le philosophe en baissant la voix. Tout le monde connaît ça. En grande quantité c’est intolérable.
– Oui, seulement tu ne sais pas encore comment mes garçons s’entendent à étriller les gens ! » s’écria le centenier en se levant brusquement. Son visage prit une expression hautaine et farouche, trahissant ainsi la rudesse d’un caractère assoupli un moment sous l’influence du chagrin. « Ici, vois-tu, on commence par caresser les côtes, puis on jette de l’eau-de-vie dessus, et alors on les frotte pour de bon. À ton office, mon garçon ; si tu ne veux pas, tu es un homme mort ; si tu le remplis jusqu’au bout, tu auras mille ducats. »
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