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Cruella un certain regard ...

Cruella un certain regard ... tendresse et cruauté à travers la littérature et + encore

Cependant

Publié le 10 Mars 2026 par Cruella in soljenitsyne

Cependant, « le lecteur russe trouvait lui aussi de l’intérêt à la traduction des textes religieux juifs, d’où « le grand succès de la propagande des “judaïsants” dans les différentes couches de la société ». La vivacité et la vigueur de ces contacts rappellent ceux qui s’étaient déjà manifestés à Kiev au XI e  siècle. Cependant, vers 1487, l’archevêque de Novgorod, Guennadius, avait dépisté l’hérésie, envoyé à Moscou des preuves irréfutables, et s’était attaché à l’investigation et à la réfutation de cette hérésie jusqu’à ce qu’un concile se réunisse en 1490 pour en débattre (sous la houlette du métropolite Zosime, récemment consacré). « Avec
effroi, ils entendirent les accusations de Guennadius : ces renégats déblatèrent contre le christ et la Mère de Dieu, crachent sur les croix, disent des icônes que ce sont des idoles, les déchiquettent avec les dents, les jettent  dans des endroits impurs, ne croient ni au Royaume des cieux ni à la Résurrection des morts, et, silencieux face à des chrétiens zélés, cherchent im pudemment à dévergonder les faibles . » « L’arrêt rendu par le concile montre que les “judaïsants” ne reconnaissaient pas dans le Christ le Fils de Dieu... enseignaient que le Messie n’était pas encore venu... vénéraient le sabbat vétéro-testamentaire “plus que le jour de la Résurrection du Seigneur” . » Lors du concile, on avait propose que les hérétiques fussent mis à mort – mais, de  par la volonté d’Ivan III, ils ne furent condamnés qu’à la réclusion, et l’hérésie lut anathémisée. « Un tel châtiment, vu les rigueurs du temps et l’importance du méfait, était des plus clémentes . » Les historiens sont unanimes  à expliquer cette mansuétude d’Ivan par le fait que l’hérésie, ayant couvé sous son prop retoit, avait été adoptée par des personnalités connues, influentes, notamment par le très puissant secrétaire d’État (faisant alors fonction en quelque sorte de ministre des Affaires étrangères).
Fedor Kouritsyne, « fameux par son savoir et ses capacités ». « L’étrange libéralisme de Moscou avait pour origine la brève “dictature du coeur” exercée par F. Kouritsyne. Les séductions de son cabinet secret avaient prise sur le Grand- Prince lui-même et sur sa  belle-fille... L’hérésie non seulement ne s’étiola pas, mais fleurit de plus belle et se propagea... À la cour moscovite..., l’astrologie et la magie étaient à la mode, de même que la tentation d’une révision pseudo-scientifique de l’ancienne conception moyenâgeuse du monde » ; un ample courant « de libre-pensée soutenu par les tentations du savoir et l’ascendant de la mode »  
L’Encyclopédie juive suppose aussi qu’Ivan III « ne s’est pas opposé à l’hérésie pour des considérations po- litiques. Avec l’aide de Skharia, il espérait accroître son influence en Lituanie, et voulait en outre préserver les bonnes dispositions des Juifs de Crimée : « du prince-propriétaire de la presqu’île de Taman, Zacharie de Grisolfie », ainsi que du Juif de Crimée Khozi Kokos, proche du khan Mengli-Guiré .  
Après le concile de 1490, Zosime entretint pendant quelques années encore une société secrète, mais il fut à son tour démasqué et, en 1494, le Grand-Prince lui demanda, sans jugement et sans bruit, de  se retirer comme de son propre gré dans un monastère. « Néanmoins, l’hérésie ne faiblit pas : il fût même un temps (1498) où ses adeptes faillirent prendre tout le pouvoir à Moscou et où leur candidat, Dimitri, fils de la princesse Hélène, fut couronné tsar . » Mais Ivan III ne tarda pas à se réconcilier avec sa femme Sophie Paléologue, et, en 1502, son fils Basile hérita du trône (Kouritsyne, à l’époque, était déjà mort.) Pour ce qui est des hérétiques, les uns furent brûlés vifs, d’autres emprisonnés, certains s’enfuirent en Lituanie « où ils embrassèrent formellement le judaïsme  ».
Notons que cette lutte contre l’ hérésie des « judaïsants » donna une impulsion à la vie spirituelle de la Russie moscovite de la fin du XV e  et du début du XVI e  siècle, à la prise de conscience de la nécessité de l’instruction religieuse et d’écoles pour le clergé ; le nom de l’évêque Guennadius est associé à la compilation et à l’édition de la première Bible slavonne, qui n’existait pas encore  en tant que corpus dans l’Orient orthodoxe. Avec l’invention de l’imprimerie, « quatre-vingts ans plus tard, cette même Bible de Guennadius. .. fut publiée à Ostrog (1580-1582), première Bible traduite en slavon d’église, devançant par là tout l’Orient orthodoxe ». S. F. Platonov tire les conclu sions générales suivantes : « Le mouvement des “judaïsants” recelait  sans nul doute des éléments du rationalisme occidental... ; l’hérésie avait été condamnée, ses prédicateurs martyrisés, mais l’atmosphère de critique et de scepticisme envers le dogme et la structure de l’Eglise, qu’ils avaient suscitée, n’ avait pas disparu . »
La récente Encyclopédie juive rappelle « des suppositions selon lesquelles une attitude très négative envers le judaïsme et les Juifs a pris naissance en Russie moscovite, où elle était inconnue jusqu’au XVI e  siècle », à l’occasion de cette lutte contre les « judaïsants ». Cela paraît assez vraisemblable, vu les dimensions spirituelles et politiques de cette hérésie.  Mais J. Hessen s’inscrit en faux contre cette opinion : « Il est
significatif que la coloration spécifique de l’hérésie en tant que “judaïsante” n’a pas empêché le succès de la secte et, de façon générale, n’a pas suscité d’ attitude agressive envers les Juifs . »  

"Deux siècles ensemble"  Alexandre Soljenitsyne  (extrait n°4)

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