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Cruella un certain regard ...

Cruella un certain regard ... tendresse et cruauté à travers la littérature et + encore

Au XVI e siècle

Publié le 9 Juin 2026 par Cruella in soljenitsyne

« Au XVI e  siècle, la primauté dans le monde juif appartient au judaïsme germano-polonais... Pour prévenir la possi bilité d’une assimilation totale du peuple juif au sein des autres peuples, les chefs spirituels avaient depuis longtemps instauré des règles dans le but  d’isoler le peuple de tout contact avec ses voisins. Mettant à profit l’autorité du Talmud..., les rabbins avaient tissé autour de la vie sociale et quotid ienne des Juifs un réseau de règles à caractère religieux et rituel qui empêchait tout rapprochement avec les hétérodoxes » Les besoins réels ou spirit uels « étaient sacrifiés au profit de formes surannées de la vie populaire », « l’accomplissement aveugle des rites se mua pour le peuple en une fin en soi pour la survie du judaïsme... Le rabbinisme, figé dans des formes sans vie, maintenait dans un carcan de fer et la pensée et la volonté du peuple ».  
La conservation bimillénaire du peuple juif dans la diaspora appelle admiration et respect. Mais, à y regarder  de plus près, à certaines époques, comme la période russo-polonaise s’étendant du XVI e  siècle jusqu’au milieu du XIX e , cette intégrité s’obtint par les méthodes autoritaires des kelahim , et l’on ne sait plus s’il faut montrer du respect pour ces méthodes du seul fait qu’elles émanaient d’une tradition relig ieuse. Quoi qu’il en soit, même une faible dose de ce type d’isolationnisme, quand il est de notre fait, à nous autres Russes, nous est imputée comme une horrible tare. Quand le monde juif est passé sous l’autorité du gouvernement russe, tout ce système interne auquel tenait la hiérarchie kahal a été préservé et, comme le suppose J. Hessen, non sans provoquer la même irritation que la tradition talmudique pétrifiée au milieu du XVI e  siècle avait suscitée chez les Juifs éclairés : « Les représentants de la classe  dirigeante juive se sont efforcés de persuader le gouvernement [russe] de la nécessité de conserver une institution qui correspondait autant aux intérêts du pouvoir russe qu’a la classe dirigeante juive » ; « le kahal , allié au rabbinat, détenait la totalité du pouvoir et en abusait fréquemment : il dilapidait les fonds sociaux, lésait les droits des pauvres, infligeait de s impôts injustifiés, se vengeait de ses ennemis personnels ». À la fin du XVIII e  siècle, l’un des gouverneurs de la région annexée a la Russie écrivit dans un de ses rapports : « Le rabbin, le tribunal religieux et le kahal , “liés entre eux par des liens étroits, possédant une autorité absolue jusqu’à disposer de la  conscience même des Juifs, exercent leur pouvoir sur eux de façon tout à fait  indépendante, sans  en référer aux autorités civiles” . » Quand, précisément au XVIII e  siècle, au sein du judaïsme d’Europe orientale, surgirent d’un cô té le puissant mouvement  religieux hassidique, de l’autre celui de Moïse Mendelssohn fa vorable à une éducation laïque, les kelahim  mirent toute leur énergie à les ré primer l’un et l’autre. En 1781, le rabbinat de Vilnius anathématisa les hassidim ; en 1784, le congrès des rabbins, réuni a Mohilev, les proclama « hors la loi », et leurs biens « en déshérence ». À la suite de quoi, dans certaines villes, « la populace se livra au pillage des maisons des hassidim, véritable pogrom intra-juif ». Les hassidim furent persécu tés très cruellement, parfois aussi de façon perfide , car on n’hésitait pas à e nvoyer sur leur compte des dénonciations politiques calomnieuses aux autorités russes. Inversement, en 1799, sur dénonciation des hassidim, les autorités arrêtèrent les membres du kahal  de Vilnius pour recel d’impôts coll ectés. Le hassidisme continua à se répandre dans certaines régions av ec grand succès. Le rabbinat vouait les livres hassidiques à des autodafés pub lics, cependant que les hassidim intervenaient en faveur du peuple contre les abus des kelahim. « À cette époque, la lutte religieuse reléguait à l’a rrière-plan les autres problèmes de la vie juive . »
La partie de la Biélorussie incorpor ée à la Russie en 1772 avait constitué les gouvernorats de Polotsk (p ar la suite, de Vitebs k) et de Mohilev. Dans l’adresse à ces gouvernorats, il fut annoncé au nom de Catherine que les habitants de cette région, « de quel que origine ou titre qu’ils fussent, pouvaient pratiquer publiquement leur re ligion et posséder des biens », qu’ ils pourraient en outre joui r « de tous les droits, lib ertés et privilèges dont jouissent ses plus anciens su jets ». Ainsi les Juifs se virent-ils reconnaître les mêmes droits que les chrétiens, ce dont ils avaient été privés en Pologne. Avec ce codicille spécial pour  les Juifs : « seront la issées et maintenues à leurs communautés toutes les li bertés dont ils jouissaient déjà 104  » – autrement dit, on ne leur retirait rien  des acquis polonais. Il est vrai que, par là, on pérennisait le pouvoir des kelahim,  et que les Juifs,  du fait de leur organisation kahale , restaient coupés de la population environnante, dans l’impossibilité de faire partie intégrante de la classe marchande et industrielle correspondant à leurs occupations privilégiées.  

"Deux siècles ensemble"  A. Soljenitsyne (extrait 11) 

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